Bybit poursuit Corée du Nord devant un tribunal fédéral américain, une démarche rare visant directement un État. L’exchange a déposé sa plainte civile à Washington contre la République populaire démocratique de Corée, son agence de renseignement RGB et le Lazarus Group. Cette action concerne le piratage du 21 février 2025, qui avait vidé plus de 400 000 Ether de la plateforme.
Le piratage le plus important jamais enregistré
Les actifs dérobés étaient évalués à environ 1,5 milliard de dollars au moment de l’attaque. Ce montant fait de cet incident le vol de cryptomonnaies le plus important jamais enregistré. Le FBI avait attribué cette attaque à la Corée du Nord peu après sa découverte, sous le nom de code TraderTraitor.
Les autorités américaines avaient alors appelé les exchanges, les validateurs et les entreprises blockchain à bloquer toute transaction liée aux adresses identifiées dans cette opération de blanchiment. Ben Zhou, cofondateur et directeur général de Bybit, a précisé que l’exchange avait collaboré depuis avec des enquêteurs, des régulateurs et d’autres plateformes.
Une injonction déjà obtenue pour geler certains actifs
Un juge fédéral a accordé à Bybit une injonction préliminaire couvrant certains actifs volés détenus par des défendeurs encore non identifiés. Cette ordonnance empêche ces parties de transférer, vendre ou disposer autrement des actifs concernés pendant toute la durée de la procédure.
Une injonction préliminaire préserve simplement les biens en litige. Elle ne constitue pas un jugement définitif sur la propriété ou la responsabilité. Bybit a précisé vouloir demander des mesures supplémentaires à mesure que la procédure avance devant le tribunal.
Pourquoi les fonds sont-ils difficiles à tracer ?
En mars 2025, environ 88,87 % des fonds volés restaient traçables, contre 7,59 % déjà disparus dans des mixeurs crypto et 3,54 % gelés. Cette part traçable a ensuite reculé, les attaquants ayant converti les actifs en Bitcoin avant de les disperser sur des milliers de portefeuilles distincts.
Dès avril 2025, Zhou indiquait que 27,6 % des fonds volés étaient devenus totalement introuvables. Les portefeuilles liés à Lazarus auraient utilisé des protocoles inter-chaînes et des mixeurs pour brouiller davantage cette piste de transactions.
Comment Bybit a absorbé le choc financier initial
L’exchange avait comblé le manque à gagner suivant l’attaque grâce à des achats d’Ether, des prêts et des dépôts fournis par des partenaires du secteur. Cette stratégie a permis à Bybit de continuer à traiter normalement les retraits de ses clients pendant toute cette période critique.
« Notre objectif n’a jamais changé : protéger nos utilisateurs en premier, récupérer ce que nous pouvons, et nous assurer que les responsables de ces attaques répondent de leurs actes », a déclaré Zhou. L’exchange avait par ailleurs proposé des récompenses aux plateformes et enquêteurs contribuant à identifier ou geler les fonds volés.
Une menace nord-coréenne qui continue de s’étendre
Selon des données Chainalysis, les groupes nord-coréens auraient dérobé environ 2,02 milliards de dollars en cryptomonnaies durant la seule année 2025. L’attaque contre Bybit représente à elle seule la majeure partie de ce montant, portant le vol cumulé estimé du pays à environ 6,75 milliards de dollars.
Cette menace s’est poursuivie en 2026. Des attaques liées à Lazarus auraient dérobé 577 millions de dollars supplémentaires en avril, en ciblant simultanément les protocoles Drift Protocol et KelpDAO selon nos confrères de crypto.news.
Ce que cela signifie pour les investisseurs
Pour un utilisateur français, belge ou suisse de Bybit, cette action judiciaire ne modifie pas immédiatement le fonctionnement de la plateforme. Elle illustre néanmoins une nouvelle voie de recours pour les exchanges victimes de piratages attribués à des acteurs étatiques.
Ce dossier rejoint une réflexion plus large sur la sécurité des infrastructures crypto déjà abordée sur ce site. Notre article sur la faille Coldcard montrait déjà que les menaces techniques et étatiques pèsent conjointement sur l’ensemble de l’industrie, quelle que soit la taille de la plateforme concernée.
Les prochaines étapes de cette procédure judiciaire
Bybit cherchera désormais à obtenir des mesures définitives et à récupérer les actifs couverts par l’injonction actuelle. Le tribunal n’a pas encore rendu de jugement final dans cette affaire civile, qui reste distincte des enquêtes pénales en cours menées par les autorités américaines.
En résumé, cette poursuite marque une étape symbolique forte dans la réponse de l’industrie crypto face aux attaques étatiques. Son issue dépendra largement de la capacité du tribunal à identifier et contraindre les détenteurs réels des fonds encore traçables.
⚠️ Cet article est publié à titre informatif et éducatif uniquement. Il ne constitue pas un conseil financier. Aucune recommandation d’achat ou de vente n’est exprimée. Les marchés crypto sont volatils. Les performances passées ne préjugent pas des résultats futurs. Effectuez toujours vos propres recherches. Ne misez que ce que vous pouvez vous permettre de perdre.



