Les contrats perpétuels sur actions, popularisés par les plateformes crypto, arrivent dans la finance américaine traditionnelle. Le 3 novembre 2026, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) a annoncé que ces produits avaient été réputés approuvés et pouvaient commencer à être négociés sur certaines places réglementées. Ils suivent le prix d’une action sans échéance fixe, mais ne donnent pas la propriété du titre. Le feu vert américain ne signifie pas qu’ils sont immédiatement disponibles en France.
Ce qu’il faut retenir
- Feu vert réglementaire : la CFTC indique que les premiers contrats perpétuels sur actions peuvent être négociés sur des marchés américains remplissant une double condition d’enregistrement.
- Pas d’action détenue : ces dérivés peuvent être réglés en espèces. Ils ne donnent ni titre de propriété, ni droit de vote automatique sur l’entreprise.
- Risques importants : le levier, les appels de marge, les frais de financement et les écarts de prix restent possibles, même sans date d’expiration.
- Accès européen non confirmé : la décision concerne les États-Unis. La commercialisation en France dépendra du produit, de l’intermédiaire et des règles européennes applicables.
Que vient d’autoriser la CFTC ?
Le président de la CFTC, Michael S. Selig, affirme que des contrats perpétuels portant sur des actions individuelles peuvent désormais commencer à être négociés sur des places enregistrées auprès de l’agence. Les produits ont été « réputés approuvés » selon la réglementation 40.3. Cette procédure produit normalement une approbation à l’issue d’un examen de 45 jours, sauf prolongation ou refus du régulateur. Il ne s’agit donc pas d’un vote distinct sur chaque contrat. Ces instruments sont classés comme des contrats à terme sur titres, ou security futures products.
Ce cadre impose une double surveillance. La place doit être un marché de contrats désigné auprès de la CFTC et être aussi enregistrée auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC) pour proposer des contrats à terme sur titres. Les produits restent soumis aux lois fédérales sur les matières premières et les valeurs mobilières. Cette annonce s’inscrit dans la nouvelle stratégie réglementaire de la CFTC.
Comment fonctionne un contrat perpétuel sur une action ?
Contrairement à un future classique, un contrat perpétuel ne possède pas de date d’expiration programmée. Le trader peut conserver sa position tant qu’il respecte les exigences de marge et les règles de la plateforme. Dans le dossier de Coinbase Derivatives déposé auprès de la SEC, le contrat est réglé en espèces. Aucune action n’est livrée au détenteur.
Un mécanisme de financement doit maintenir le prix du contrat proche de celui de l’action de référence. Selon les modalités du produit, les positions longues peuvent payer les positions courtes, ou l’inverse. Ce paiement périodique peut s’accumuler tant que la position reste ouverte. La formule, la fréquence et le prix de référence doivent donc être vérifiés dans la fiche de chaque contrat.
Il ne s’agit pas d’une action placée sur une blockchain. L’investisseur ne devient pas actionnaire et ne reçoit pas automatiquement les droits de vote ou les dividendes attachés au titre. Cette structure diffère donc du projet d’actions américaines tokenisées d’OKX et ICE. Un contrat perpétuel reste un dérivé dont la valeur dépend d’une action sous-jacente.
Pourquoi ce produit est-il associé à la crypto ?
Les plateformes de dérivés crypto ont popularisé les perps pour miser à la hausse ou à la baisse sans renouveler le contrat. La CFTC relie l’annonce à son approbation d’un premier perpétuel sur Bitcoin plus tôt en 2026. Ces nouveaux produits ne sont pourtant pas nécessairement émis sur une blockchain. Ils transposent surtout cette mécanique vers des marchés surveillés par la CFTC et la SEC.
Quelles plateformes et quelles actions sont concernées ?
Bitnomial Exchange, Coinbase Derivatives, KalshiEX et Nadex ont déposé des dossiers réglementaires. Cependant, l’annonce de la CFTC ne donne pas la liste définitive des produits ouverts au public le 3 novembre. Elle ne précise pas non plus quels intermédiaires accepteront immédiatement les particuliers.
Le dossier réglementaire de Nadex cite notamment Alphabet, Amazon, Apple, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla comme exemples de sous-jacents. La place précise néanmoins que la liste effective doit être publiée séparément. Ces exemples ne prouvent donc pas que chaque contrat est déjà négociable, ni qu’il est proposé dans tous les pays.
Pourquoi le projet suscite-t-il des objections ?
La Securities Industry and Financial Markets Association (SIFMA) a demandé aux régulateurs d’examiner davantage ces produits. L’organisation s’interroge sur leur effet potentiel sur les actions sous-jacentes, la surveillance des manipulations entre plusieurs marchés et les échanges pendant les périodes de faible liquidité. Elle conteste également certains aspects de leur qualification juridique.
Cboe formule une objection plus fondamentale : un contrat sans livraison future du titre ne devrait pas, selon sa lettre à la SEC, être qualifié de security future. Il s’agit de la position d’un acteur du marché, pas d’une décision du régulateur. L’annonce de la CFTC reste donc le fait officiel au moment de la publication.
Quels sont les principaux risques pour les investisseurs ?
L’absence d’échéance ne supprime pas le risque. Les règles conjointes de la CFTC et de la SEC prévoient normalement une marge minimale de 20 % pour une position non couverte sur un contrat à terme sur titre. Une plateforme ou un courtier peut exiger davantage. Si le marché évolue contre le trader, un appel de marge ou une fermeture forcée de la position peut intervenir.
Il faut aussi surveiller les paiements de financement, la liquidité et l’écart entre le contrat et l’action. Ce risque peut augmenter lorsque la Bourse où l’action est cotée est fermée mais que le dérivé continue de s’échanger. FRCrypto a déjà analysé les risques des perps lorsque la Bourse sous-jacente est fermée. Les horaires prévus, les arrêts de cotation et les sources de prix diffèrent selon les places.
Les divisions d’actions, fusions, radiations et dividendes exigent aussi un traitement spécifique. Le dossier de Coinbase prévoit des ajustements, mais aucun dividende ordinaire n’est versé directement au détenteur. Son effet doit être reflété par le prix, le financement ou les règles du produit.
Un investisseur français pourra-t-il y accéder ?
La décision de la CFTC ouvre une voie réglementaire aux États-Unis. Elle ne confirme pas que ces contrats sont déjà accessibles depuis la France. Un intermédiaire doit être autorisé à servir le pays de résidence du client, et le produit doit respecter le cadre local. Une inscription possible sur une plateforme américaine ne suffit donc pas à démontrer une commercialisation légale dans l’Union européenne.
L’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) rappelle que certains produits présentés comme des contrats perpétuels peuvent relever des règles applicables aux CFD, selon leurs caractéristiques. Le cas échéant, des limites de levier, une clôture sur marge, un avertissement sur les risques et une protection contre le solde négatif peuvent s’appliquer. La qualification doit être établie produit par produit.
Le lien avec la crypto ne place pas automatiquement ces produits sous MiCA. Les instruments financiers sont exclus du champ de ce règlement. L’AMF rappelle aussi que le levier amplifie les gains comme les pertes. Un résident français doit donc vérifier l’agrément de l’intermédiaire et les protections applicables.
Que faut-il vérifier avant le lancement effectif ?
Les prochaines annonces des plateformes devront préciser les actions disponibles, les horaires, la marge, la formule de financement et les conditions de suspension. Il faudra également connaître les courtiers habilités, les pays acceptés et le traitement exact des opérations sur titres. Tant que ces informations ne sont pas publiées, parler d’une disponibilité générale serait prématuré.
Le changement reste important : Wall Street adopte une mécanique popularisée par la crypto, sans transformer les actions en tokens. Le véritable test viendra avec les contrats effectivement lancés, leur liquidité et leurs conditions d’accès.
⚠️ Cet article est publié à titre informatif et éducatif uniquement. Il ne constitue pas un conseil financier. Aucune recommandation d’achat ou de vente n’est exprimée. Les marchés crypto sont volatils. Les performances passées ne préjugent pas des résultats futurs. Effectuez toujours vos propres recherches. Ne misez que ce que vous pouvez vous permettre de perdre.




