Le 19 mai 2026, le gouverneur du Minnesota Tim Walz signe une loi historique. Ainsi, le Minnesota devient le premier État américain à criminaliser les marchés de prédiction. Kalshi et Polymarket sont dans le viseur direct. Par ailleurs, quiconque opère ces plateformes après le 1ᵉʳ août 2026 risque des poursuites pénales pour délit.
La réponse fédérale n’a pas tardé. Dès le lendemain, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) a déposé une plainte en justice pour bloquer la loi. C’est pourquoi ce dossier est devenu l’affrontement réglementaire le plus suivi du secteur crypto en 2026.
Que dit exactement la loi du Minnesota ?
La loi est incluse dans un projet de loi sur la sécurité publique plus large, le SF4760.Elle a été votée avec des marges substantielles. La Chambre des représentants l’approuve à 100 voix contre 32. Le Sénat confirme à 57 voix contre 9. Ainsi, la loi autorise les charges de délit contre ces entreprises. La mise en demeure de l’État suffit à déclencher les poursuites. En pratique, cela signifie que des plateformes comme Kalshi valorisée à 22 milliards de dollars et Polymarket, valorisée à 12 milliards de dollars seraient contraintes de bloquer les utilisateurs résidant au Minnesota ou de s’exposer à des poursuites pénales.
Pourquoi la CFTC a-t-elle attaqué le Minnesota en justice ?
La CFTC, sous l’administration Trump, classe les marchés de prédiction comme des instruments dérivés réglementés au niveau fédéral. Par conséquent, la commission estime que les États n’ont pas le pouvoir d’en interdire l’opération unilatéralement. Le président de la CFTC, Michael Selig, déclare le 19 mai sans ambiguïté: « Cette loi du Minnesota transforme du jour au lendemain des opérateurs et participants légaux de marchés de prédiction en criminels. »
La plainte fédérale cherche à bloquer la loi avant son entrée en vigueur le 1ᵉʳ août 2026. Toutefois, l’issue de cette procédure judiciaire est incertaine. Le Minnesota n’est pas seul. Selon les données disponibles, 17 États américains ont contesté les opérateurs de marchés de prédiction sous une forme ou une autre en 2026. Plusieurs États ont déjà émis des injonctions contre ces plateformes. Ainsi, le dossier Minnesota est devenu le cas test qui pourrait définir la trajectoire réglementaire de toute une industrie ayant traité plus de 21 milliards de dollars de volume mensuel au début 2026.
Qu’est-ce qu’un marché de prédiction ?
Un marché de prédiction est une plateforme simple. Elle permet d’acheter et de vendre des contrats liés au résultat d’événements futurs. Par exemple, un utilisateur peut acheter des parts pariant qu’un candidat va remporter une élection, qu’une équipe va gagner un championnat, ou qu’un actif financier franchira un certain seuil de prix. Si l’événement se produit, le contrat est payé. Dans le cas contraire, il expire sans valeur.
Ces plateformes ont explosé en popularité depuis l’élection américaine de 2024. Kalshi, après avoir obtenu l’approbation de la CFTC, s’est étendue aux marchés sportifs. Polymarket, de son côté, fait un retour aux États-Unis après une période de restrictions. En revanche, les États qui les considèrent comme des jeux d’argent non réglementés arguent que leurs utilisateurs ne bénéficient pas des mêmes protections que dans un casino agréé. C’est ainsi que le fossé réglementaire s’est creusé jusqu’à ce premier affrontement judiciaire direct.
Kalshi et Polymarket encore accessibles depuis l’Europe ?
Pour les utilisateurs en France, en Belgique ou au Canada, cette affaire a une pertinence directe. Polymarket est accessible depuis l’Europe et constitue l’une des plateformes de marchés de prédiction les plus utilisées par les investisseurs francophones pour se couvrir ou spéculer sur des événements macro, politiques et crypto. Ainsi, l’issue de cette bataille judiciaire aux États-Unis pourrait influencer l’appétit réglementaire européen.
En France, les marchés de prédiction ne font pas encore l’objet d’une réglementation spécifique. Toutefois, l’Autorité des Marchés Financiers surveille de près les évolutions américaines pour calibrer une éventuelle approche française. Par ailleurs, dans le cadre du règlement MiCA, les actifs crypto liés à des événements de prédiction pourraient être soumis à des contraintes supplémentaires si la qualification « instrument financier » est retenue. C’est pourquoi les acteurs européens du secteur suivent ce dossier avec attention.
L’interdiction du Minnesota est historique non pas parce qu’elle va fonctionner, mais parce qu’elle force un affrontement juridique qui était inévitable. La tension entre la juridiction fédérale de la CFTC et les prérogatives des États sur le jeu est constitutionnelle. Elle ne se résoudra pas rapidement. En revanche, chaque semaine qui passe sans décision judiciaire renforce l’incertitude pour les plateformes et leurs utilisateurs.
Dans un secteur où la clarté réglementaire vaut souvent plus que la technologie elle-même, le Minnesota vient de placer un marqueur. La réponse de la cour fédérale dira si les États-Unis peuvent avoir cinquante réglementations différentes pour la même infrastructure financière ou si Washington reprend la main.
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