La banque centrale des Pays-Bas (DNB) vient d’autoriser la coentreprise de 37 établissements, dont BNP Paribas, le Groupe BPCE et KBC, à émettre de la monnaie électronique. Pour la première fois, un projet bancaire européen d’envergure dispose du statut légal nécessaire pour concurrencer l’USDT et l’USDC sur leur propre terrain. Reste une question : quand le jeton sortira-t-il vraiment ?
Qivalis stablecoin euro licence : ce que la DNB a autorisé
D’après le communiqué officiel de Qivalis, la DNB a accordé le statut d’établissement de monnaie électronique (EME) le 13 octobre. L’entreprise l’a annoncé publiquement le lendemain. Concrètement, Qivalis passe sous la supervision permanente du régulateur néerlandais.
Ce statut compte, car MiCA impose une licence bancaire ou une licence EME pour émettre un jeton de monnaie électronique (EMT). Un EMT désigne un stablecoin adossé à une seule devise officielle, ici l’euro. Désormais, Qivalis remplit donc la condition réglementaire décisive pour lancer son jeton.
« La monnaie de l’Europe mérite les règles de l’Europe, on-chain », résume Jan-Oliver Sell, directeur général de Qivalis et ancien responsable de Coinbase Allemagne.
37 banques, 15 pays : qui se cache derrière le projet ?
Le projet naît en septembre 2023, à l’initiative de Danske Bank, ING, KBC et Raiffeisen Bank International. En septembre 2025, neuf banques officialisent ensuite le consortium. Depuis, la liste ne cesse de s’allonger :
- Décembre 2025 : BNP Paribas rejoint le projet, baptisé Qivalis.
- Janvier et février 2026 : arrivée de DZ Bank, puis de BBVA
- Mai 2026 : 25 nouvelles banques, dont le groupe BPCE, ABN AMRO, Rabobank, Intesa Sanpaolo et Nordea
- Octobre 2026 : 37 établissements répartis dans 15 pays
Côté gouvernance, Sir Howard Davies, ancien patron du régulateur financier britannique, préside le conseil de surveillance. Par ailleurs, Qivalis a choisi Fireblocks pour son infrastructure d’actifs numériques.
Comment fonctionnera le stablecoin euro de Qivalis ?
Qivalis promet un modèle à réserve intégrale : chaque jeton en circulation correspondra à un euro d’actifs de réserve. Selon CoinDesk, MiCA garantit aux détenteurs d’EMT un droit de remboursement à la valeur nominale, à tout moment. En revanche, le règlement interdit de verser des intérêts sur ces jetons.
Pas de vente directe aux particuliers
Qivalis ne vendra pas son jeton directement au grand public. La société passera par des intermédiaires éligibles : banques, plateformes d’échange, prestataires de paiement et acteurs d’infrastructure de marché. Ces partenaires distribueront ensuite le stablecoin à leurs propres clients.
La question des réserves bancaires
MiCA oblige les émetteurs à conserver une partie des réserves en dépôts bancaires, jusqu’à 60 % pour les jetons jugés « significatifs ». Toutefois, la BCE et les banques centrales nationales ont proposé le 22 septembre de remplacer ces quotas par des règles fondées sur la liquidité. Pour Qivalis, l’issue de ce débat pèsera directement sur la gestion de ses réserves.
Qivalis stablecoin euro : licence obtenue, mais toujours pas de date
La licence ne signifie pas un lancement immédiat. Avant toute émission, Qivalis doit encore satisfaire aux exigences de MiCA et publier un livre blanc. Surtout, l’entreprise parle désormais d’un lancement « dans les prochains mois », sans date précise.
Ce glissement n’est pas anodin. Depuis décembre 2025, Qivalis visait le second semestre 2026, un objectif répété dans sa fiche de mai. Or, comme le relève The Crypto Times, le communiqué du 14 octobre ne mentionne plus ce calendrier.
D’autres zones d’ombre persistent. Qivalis n’a révélé ni le nom du jeton, ni son ticker, ni sa blockchain. En septembre, Ethereum Institutional affirmait que le stablecoin tournerait sur Ethereum, sans confirmation de Qivalis. De même, l’identité des dépositaires des réserves et des futurs partenaires reste inconnue.
L’Europe face à la domination du dollar numérique
L’enjeu dépasse largement Qivalis. Aujourd’hui, les stablecoins en dollars écrasent le marché, tandis que leurs équivalents en euro restent marginaux. Christine Lagarde a d’ailleurs jugé en mai que la montée des stablecoins dollar en Europe risquait d’ancrer une dépendance au billet vert.
À noter : sous MiCA, un stablecoin dollar comme l’USDC peut lui aussi obtenir le statut d’EMT s’il respecte les règles européennes. Qivalis ne jouit donc d’aucun monopole réglementaire. Son atout tient plutôt à son réseau : 37 banques capables de relier directement le jeton à des millions de comptes. Ce mouvement rappelle d’ailleurs celui des banques mondiales, à l’image de Standard Chartered qui assure désormais la conservation du RLUSD de Ripple.
Qivalis stablecoin euro licence : ce que cela change pour la France, la Belgique et la Suisse
Pour un lecteur en France, en Belgique ou en Suisse, le projet a un visage familier. En effet, BNP Paribas et le Groupe BPCE, maison mère de la Banque Populaire et de la Caisse d’Épargne, figurent parmi les membres, tout comme le belge KBC. À terme, ces banques pourraient donc proposer le jeton à leurs clients, directement ou via des partenaires.
Paris avait déjà soutenu le projet. En avril, nous expliquions pourquoi le ministre Roland Lescure avait changé de position sur les stablecoins euro et apporté son appui à Qivalis. Pourtant, le contexte fiscal français envoie un signal contradictoire. Selon CoinDesk, des députés soutiennent une taxe de 31,4 % sur les conversions de cryptos en stablecoins régulés, une piste que nous détaillions dans notre article sur les conversions en stablecoins dans le viseur des députés. Ainsi, la France encourage l’émission d’un stablecoin euro tout en envisageant de taxer son usage.
Côté suisse, la situation diffère. La Suisse n’applique pas MiCA, et l’accès au jeton y dépendra des plateformes partenaires et du cadre de la FINMA. Enfin, pour tous, un stablecoin euro régulé supprimerait le risque de change que subissent aujourd’hui les détenteurs d’USDT ou d’USDC.
⚠️ Cet article est publié à titre informatif et éducatif uniquement. Il ne constitue pas un conseil financier. Aucune recommandation d’achat ou de vente n’est exprimée. Les marchés crypto sont volatils. Les performances passées ne préjugent pas des résultats futurs. Effectuez toujours vos propres recherches. Ne misez que ce que vous pouvez vous permettre de perdre.




