L’Europe vient de brancher ses actifs tokenisés directement sur la monnaie de banque centrale. La BCE et les banques centrales nationales de la zone euro ont lancé lundi Pontes, une infrastructure qui permet de régler des transactions de gros sur des titres tokenisés avec l’argent le plus sûr qui existe : les réserves détenues à la banque centrale elle-même.
BCE Pontes actifs tokenisés : ce que règle vraiment ce système
Pontes relie les plateformes utilisant la technologie des registres distribués aux services TARGET de l’Eurosystème. Deux options de règlement coexistent : directement sur la plateforme DLT de l’Eurosystème via des jetons de trésorerie, ou via T2, le système de règlement brut en temps réel. Un protocole Hash-Link garantit une livraison contre paiement : soit les deux jambes de la transaction s’exécutent, soit aucune.
Pourquoi la monnaie banque centrale change tout
Jusqu’ici, un titre tokenisé devait se régler en monnaie commerciale ou en stablecoin, deux actifs qui portent un risque de crédit sur l’émetteur ou la banque intermédiaire. Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE, résume l’enjeu : Pontes apporte la stabilité et la confiance de la monnaie de banque centrale à l’écosystème européen de la finance tokenisée, un avantage jugé décisif pour permettre à ce marché de vraiment changer d’échelle.
Treize institutions déjà connectées, dont une banque française
Treize établissements ont achevé leur raccordement et peuvent utiliser le système immédiatement, dont Deutsche Bank, Santander, la Société Générale, KfW et la Banque européenne d’investissement, aux côtés de quatre opérateurs DLT. Coût d’entrée annoncé pour les participants : 2 500 euros. L’un des opérateurs, Axiology, s’appuie sur une infrastructure dérivée de technologies du XRP Ledger, même si le règlement monétaire reste en euros de banque centrale.
BCE Pontes actifs tokenisés : la BCE investit aussi ses propres fonds
La banque centrale a entamé des travaux préparatoires pour investir une petite partie de ses fonds propres dans des titres tokenisés, réglés via Pontes. La cible initiale : de la dette libellée en euros émise par des gouvernements de la zone euro, des collectivités régionales et des institutions supranationales européennes. Aucun montant ni calendrier précis n’a été communiqué à ce stade.
Ce que Pontes n’est pas : ni l’euro numérique, ni le grand public.
Pontes reste une infrastructure de marché de gros, réservée aux banques et institutions financières, sans lien direct avec le portefeuille d’un particulier. Elle est distincte du projet d’euro numérique de détail, dont le pilote sur un an doit débuter au second semestre 2027, avant une éventuelle émission en 2029. Rien ne change concrètement, ce lundi, dans le compte-titres ou le portefeuille d’un particulier.
2 500 euros l’entrée, un calendrier jusqu’en 2028
Le service démarre avec un socle de fonctionnalités essentielles. La BCE prévoit des horaires d’ouverture élargis en 2027, puis un règlement multidevise continu à horizon 2028, en cohérence avec Appia, l’initiative complémentaire de l’Eurosystème pour une finance tokenisée pleinement intégrée à l’échelle européenne.
La réponse européenne à Arc et aux stablecoins dollar
Cette semaine encore, Circle lançait Arc, sa propre blockchain avec BlackRock et Visa comme validateurs, entièrement construite autour de l’USDC. Pontes répond à cette dynamique par un chemin différent : ne pas dépendre d’un stablecoin privé, dollar ou euro, pour régler les transactions institutionnelles, mais s’appuyer directement sur la monnaie centrale, dans la continuité du chantier déjà engagé par le consortium bancaire français Qivalis autour du stablecoin euro.
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